Yahoo! CV truqué
Une affaire sans précédent dans la vie du géant américain Yahoo : Le groupe Internet a reconnu que le CV de son patron, Scott Thompson, avait été légèrement trafiqué. Il se... Lire la suite

Plusieurs sites proposent pour quelques centaines d'euros des diplômes de Harvard, de Stanford, d'universités imaginaires et même, depuis peu, de HEC ou de Polytechnique. Phénomène encore marginal en France mais qui inquiète aux Etats-Unis, en Grande Bretagne et même en Chine.
Vous rêvez de décrocher un diplôme de Harvard ou de Polytechnique ? Deux solutions : cravacher ou... surfer sur internet. Adieu cours et examens ! En quelques clics de souris et moyennant quelques centaines d'euros, des sites web aux noms accrocheurs et séduisants vous proposent un faux imitant parfaitement l'original, ou un diplôme d'une université imaginaire. Un site d'origine chinoise se targue d'une expérience de huit ans dans le domaine de la contrefaçon de diplôme. Il affirme produire par an près de 1 500 faux de tout pays, à partir du même papier sécurisé que celui utilisé par les universités ou les écoles. Un autre en fournit de tous niveaux et pour toutes les bourses, de 120 à 400 dollars environ. Pour une mention, il faudra casser la tirelire : 25 dollars de plus pour une mention " assez bien ", 35 pour une mention « bien », et 50 pour une mention " très bien ". Comme dans tout business lucratif, il faudra encore ajouter quelques billets supplémentaires pour l'expédition. L'urgence se paie aussi. Pour un envoi sous vingt-quatre heures, par exemple, certains ajoutent 60 dollars à la facture. Mais, concurrence oblige, ces sites n'hésitent pas à faire quelques ristournes, en offrant aussi packages et opérations promotionnelles : un mastère et un doctorat en solde, pour 769 dollars au lieu de 1098.
Les petits farceurs préféreront les sites qui proposent des diplômes d'universités imaginaires ou détournent des noms de prestigieuses universités américaines ou anglaises comme Standford University, où seul l'ajout du " d " permet de différencier le faux nom du vrai, Stanford University. Plus pernicieux encore, un site prétend offrir un diplôme correspondant à l'expérience réelle de l'acheteur. Quelques clics et quelques centaines d'euros suffisent. Sur la seule foi du candidat décrivant ses compétences (imaginaires ou non), une université virtuelle (Rochville University) délivre ainsi un diplôme en cinq jours.
Difficile de dire combien de faux diplômes circulent aujourd'hui. Selon une récente étude suédoise, le nombre de fausses universités est passé de 200 à 800 dans le monde ces quatre dernières années. La déferlante est mondiale. Quand le gouvernement chinois a relevé que le nombre de personnes se disant diplômées dépassait de 600 000 le nombre de diplômes effectivement délivrés, il a mis en place une vaste base de données répertoriant les diplômes et leurs titulaires. Mais le problème se pose aussi en Pologne, en Australie, en Suède, en Afrique du Sud ou, tout près de chez nous, de l'autre côté de la Manche. En Grande-Bretagne, le gouvernement s'active. Une coopération des services britanniques et américains a récemment permis la fermeture de 14 sites web. Car ces sites, dont les adresses sont des boîtes postales, se trouvent principalement aux Etats-Unis ou dans les paradis fiscaux des Caraïbes.
Si la France semblait épargnée, un site propose désormais des diplômes de grandes écoles ou universités françaises : HEC, l'Essec, Polytechnique, les Mines, Télécom Paris, Dauphine, la Sorbonne, etc. Internet ou pas, en tout cas, en France aussi, des fraudeurs au diplôme tentent régulièrement leur chance, comme a pu l'éprouver Paul-Emile Taillandier, dirigeant du cabinet de recrutement et de conseil éponyme. Vingt ans de métier et des placards débordant d'annuaires en tout genre ont aiguisé son flair. Séduit par le CV d'un HEC, il le reçoit en entretien :« Un garçon brillant, réactif, avec de l'humour le m'apprêtais à le présenter à mon client. Pourtant, j'avais un doute, que je ne sais pas expliquer. » Vérification faite, aucune trace de son candidat dans l'annuaire de HEC...
« En temps de crise, le CV passe avant la dimension humaine.»
« En France, nous n'avons pas cette culture de références et de vérification. Les candidats profitent de ce flou», explique Rose-Marie Ponsot, l'un des directeurs de Mercuri Urval France. « Seuls 15% des recruteurs vérifient toujours auprès du précédent employeur, 6% contrôlent les références professionnelles citées et 2% seulement se renseignent auprès de l'école dont le candidat est diplômé », précise Florian Mantione, un chasseur de têtes à l'origine d'études sur les CV trompeurs.
La question ne semble donc pas vraiment prise au sérieux. Pas même du côté de l'Education nationale ni de sa direction des affaires juridiques. Le phénomène serait « marginal ». Même si Verifdiploma, société de vérification des CV et des diplômes, affirme attraper chaque mois un ou deux candidats qui ont présenté des diplômes contrefaits, sans préciser s'ils ont été fabriqués grâce à internet ou sur la table de la salle à manger familiale.
« Ce trafic lucratif accompagne le développement de l'offre de formation au niveau international et la tendance à la course au diplôme », analyse Emmanuel Chomarat, président du directoire de Verifdiploma. « Voyez le succès des panels des meilleures filières dans la presse ou celui des cours particuliers ! La pression du diplôme est gigantesque, explique la sociologue Bénédicte Bertin-Mourot. Les DRH ont beau dire que les compétences et la personnalité priment aujourd'hui sur le diplôme, ce n'est pas vrai. Par exemple, lorsque l'on n'est pas cadre, il devient de plus en plus difficile de le devenir par promotion interne. » Suzanne l'admet tout à fait : elle n'est devenue chef de produit, puis manager à l'international dans la grande distribution, à la tête de cohortes de diplômés d'écoles de commerce, qu'en s'inventant un bac+2 de commerce, elle qui n'avait même pas le bac.
« Quand l'emploi va bien, l'entreprise est prête à prendre des profils atypiques. Mais en temps de crise, elle veut se rassurer et le CV passe avant la dimension humaine », admet Philippe Vidal, dirigeant de Vidal Associate Consulting and Search. Du coup, « les petits arrangements avec la réalité sont fréquents, remarque Patrick Ayache, directeur général du cabinet de recrutement Intuitu Personae. Quand décrocher un poste devient vital, on peut comprendre que certains enjolivent les choses». Et puis il y a ce vieux complexe que beaucoup de sans-diplômes ont du mal à surmonter. Témoignage lu sur internet :«J'ai obtenu sur internet un diplôme de médecine et un diplôme de Harvard pour 50 dollars. le l'ai affiché. Mes diplômes sont sous cadre et devant mon ordinateur. Lorsque ma fille sera plus grande, je lui dirai que j'ai étudié la médecine. »
En attendant la reprise, les lacunes dans la cyberculture de certains directeurs d'établissement laissent le champ libre aux faussaires. «Je ne savais pas que notre diplôme était en vente à côté de ceux d'autres grandes écoles ou universités. C'est finalement assez flatteur que des gens à l'autre bout du monde nous connaissent », philosophe Henry Maître, directeur adjoint de l'ENST. « C'est une marque de standing et la rançon du succès ! », renchérit Benoît Legait, directeur des Mines et vice-président de la Conférence des Grandes Ecoles.
Sommet d'hypocrisie, l'un des sites prévient que ses documents sont faits pour « s'amuser et non pour porter préjudice ». Passé la bonne blague, cependant, l'heure est au ressaisissement et la riposte s'organise. Certains au sein de la Conférence des Grandes Ecoles souhaitent une action commune en justice.
Emploi des jeunes diplômés : léger frémissement
Il a fallu à Thomas Billot sept mois et l'envoi de plus d'une centaine de lettres de candidature, sans compter les dizaines de CV déposés sur le web, pour sortir du tunnel et décrocher un job. Pourtant, il avait un CV en béton. Diplômé de l'ESPCI, l'Ecole supérieure de Physique et de Chimie industrielles, une école d'ingénieur parisienne très cotée chez les industriels, il avait effectué un parcours sans fautes - études à l'international, six mois de stage à Singapour chez Siemens. Finalement, grâce au réseau des anciens de son école, il vient de décrocher un Volontariat international en Entreprise (VIE) à Philadelphie. Une chance. Car ces derniers mois, la conjoncture était particulièrement rude pour les jeunes diplômés, comme l'a raconté Sophie Talneau, jeune diplômée d'une école de commerce, dans le livre " On vous rappellera. Une bac+5 dans la jungle du recrutement " (1).
Pourtant, les étudiants qui s'apprêtent bientôt à quitter leur école ou leur fac ne doivent pas céder au découragement. Car la légère progression de l'emploi des cadres, sensible à la rentrée dernière, est peut-être en train de tou¬cher avec un peu de retard les jeunes diplômés. On a observé ainsi un frémissement au premier trimestre 2005 : 21% des offres d'emploi cadre confiées à l'Agence pour l'Emploi des Cadres (Apec) étaient ouvertes aux jeunes diplômés, soit une hausse de trois points par rapport au premier trimestre 2004. Du côté des grandes écoles de commerce, quelques signes sont réconfortants. A Audencia, école de commerce de Nantes, 93% des étudiants ont décroché un job dans les quatre mois, et 42% avant la sortie. Mais ici, « la proportion d'élèves embauchés à l'étranger a quasiment doublé, passant de 11 % à plus de 20% en 2004», précise Jean-Pierre Helfer, son directeur, laissant entendre que certains se sont peut-être expatriés pour échapper au chômage. Par ailleurs, 88% des jeunes de la dernière promotion de l'EM-Lyon ont trouvé un premier emploi en CDI, soit 3% de mieux que l'année précédente, avec une forte reprise des embauches dans les fonctions marketing ; 32% des diplômés 2004 y trouvent un premier emploi contre 20% en 2003. A l'Essec, 87% ont trouvé un emploi dans les quatre mois suivant l'obtention de leur diplôme, et 40% avant même d'être diplômés. « Après un petit tassement les années précédentes, on est plutôt en phase de redémarrage, précise Nicolas Mottis, le directeur de l'Essec, avant d'annoncer cette bonne nouvelle : la rémunération moyenne est même en progression, passant à 43 000 euros annuel au lieu de 41 000 l'an dernier. »
(1) Hachette Littératures.
Une affaire sans précédent dans la vie du géant américain Yahoo : Le groupe Internet a reconnu que le CV de son patron, Scott Thompson, avait été légèrement trafiqué. Il se... Lire la suite
Directeur de l'école, il avait « maquillé » son CV : « normalien », alors qu'il avait fait une école normale d'instituteurs, agrégation de mathématiques non répertorié... Lire la suite