Yahoo! CV truqué
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Plus de la moitié des CV comporteraient des informations erronées. Pour les dénicher, certaines sociétés se sont spécialisées dans la traque aux tricheurs.
Pièce incontournable de toute candidature, il est censé résumer de manière succincte et objective le parcours du postulant. Dans la pratique, le CV ne répond pas toujours à cet idéal de rigueur … Différentes études montrent en effet que plus de la moitié comporteraient des arrangements – petits ou gros – avec la réalité. Expérience professionnelle gonflée, diplôme ajouté, pratique des langues surestimée sont parmi les artifices les plus fréquemment repérés.
Les difficultés sur le marché du travail n’ont fait qu’accentuer une pratique qui a vraisemblablement toujours existé. Le cas de Jacques Labeyrie a récemment défrayé la chronique. Nommé directeur de l’Ecole Centrale de Lyon, l’ancien président de l’ADEM avait cru bon d’enrichir son CV des titres de normalien et d’agrégé. Et personne n’avait jugé utile, lors de son recrutement, de vérifier ses dires. Exemple édifiant qui rappelle que la culture du contrôle systématique n’est pas du tout ancrée dans les mœurs de nos DRH, contrairement à leurs confrères allemands.
Mentions ambigües
Pour les professionnels de la chasse aux CV trafiqués, comme Verifdiploma, la société créée en 2001 par Emmanuel Chomarat, il est urgent de revenir sur cette attitude bien française. D’autant que le phénomène des faux diplômes, obtenus en quelques clics sur la toile, s’est considérablement développé depuis deux ou trois ans.
De plus en plus de recruteurs s’avouent circonspects face aux très nombreuses candidatures, plus attrayantes les unes que les autres, qu’ils reçoivent. Certains n’hésitent donc plus à avoir recours à l’aide de ces spécialistes pour faire contrôler l’authenticité des informations contenues sur ces CV trop lisses, étrangement sans failles. Verifdiploma leur propose également de démêler le vrai du faux. « Il ne s’agit pas toujours de mensonge, de faux diplôme à proprement parlé, mais de mentions ambiguës. Le même établissement peut délivrer des formations courtes ou longues, il n’est pas toujours facile de s’y retrouver, explique Emmanuel Chomarat. Même pour des anciens diplômés d’une école, il est difficile de suivre les évolutions extrêmement rapides qui touchent la formation. En moins de dix ans, ils ont complètement perdu leurs repères ». Une mention « ESSEC » peut ainsi cacher des réalités bien différentes. Le candidat a pu intégrer l’école ou seulement y suivre un master. En effet, alors que 400 personnes ont effectivement le diplôme de l’école, 10 000 sont passées sur le campus.
Culture anglo-saxonne
Si les clients de ces traqueurs de faux CV restent majoritairement des grandes entreprises, et surtout des groupes anglo-saxons, les PME commencent elles aussi à recourir à ce genre de services. Preuve que la formule séduit, l’entreprise a récemment élargi son offre. Les recherches ne visent plus seulement les bac + 5, mais également les bac + 2. Mais Verifdiploma ne va pas au-delà des diplômes. Pas question de jouer les apprentis détectives en allant fouiller dans le passé des candidats, comme le font discrètement certains cabinets de recrutement. Ceriv, autre société qui s’était lancée il y a quelques années sur cette niche, s’est finalement cassé les dents. Faute de clients, elle a dû réorienter son activité. « Ce n’est pas dans la culture des DRH en France », tranche une responsable de Ceriv.
Quand les entreprises anglo-saxonnes n’hésitent pas à décrocher leur téléphone pour appeler les précédents employeurs, voire vérifier des données très personnelles comme la situation de famille ou l’état de santé du candidat, la chose reste perçue en France comme un travail de basse police.
Le cabinet de recrutement Florian Mantione, qui a mené plusieurs enquêtes sur les CV trompeurs, n’hésite pas, lui, à demander aux candidats les preuves de tout ce que leur CV avance et prévient qu’il mènera les vérifications nécessaires. « Le procédé en décourage certains », reconnaît Floran Mantione, pour qui une totale transparence est cependant nécessaire. Il reste cependant lucide. « Au jeu du chat et de la souris, c’est toujours le candidat qui gagne. Mais en étant vigilant, on peut diminuer le nombre de tricheurs. »
Le casse-tête chinois du CV allemand
Un vrai dossier. Pas question outre-Rhin de se contenter d’envoyer un CV et une lettre de motivation lorsqu’on convoite un poste ou que l’on cherche à décrocher un stage. Le candidat doit fournir un véritable dossier. D’abord, une lettre de motivation dactylographiée (l’employeur allemand ne recourt pas à la graphologie). Elle accompagne un curriculum vitae qui, à la différence des usages français, est daté et signé en bas de page. Ce dernier retrace l’ensemble du parcours du candidat depuis … l’école primaire.
Mais la principale différence entre les candidatures françaises et allemandes porte sur les attestations de diplômes. Plus elles sont nombreuses, plus le dossier est pris au sérieux. Elles doivent être fournies pour chaque étape du parcours : relevés de notes obtenues pendant le secondaire, au bac et lors des études supérieures, copies certifiées conformes de tous les diplômes obtenus (y compris, par exemple, lors des stages de langue à l’étranger), certificats de stage d’une page au moins fournis par les entreprises, attestations d’employeurs pour l’expérience professionnelle. Tous ces documents sont censés faire le point sur la capacité du candidat à travailler en équipe (une notion très importante outre-Rhin), son sens de la ponctualité, son éventuel absentéisme et la qualité du travail fourni.
Attestations d’employeurs
Concrètement, le dossier de candidature ressemble à un minilivre relié, renvoyé par le service du personnel si la candidature n’est pas retenue, afin de réduire le coût d’une recherche d’emploi. Photocopies, reliures, frais postaux : mis bout à bout, les frais de constitution de dossier peuvent effectivement atteindre des sommes non négligeables. Impensable donc d’envoyer deux cents CV tous azimuts comme certains jeunes diplômés français en ont pris l’habitude. Cette procédure est valable tant pour prétendre à un emploi que pour un stage.
« Une première sélection se fait sur le CV, précise Susanne, qui travaille pour l’un des leaders du travail temporaire. Dans un second temps, nous épluchons toutes les attestations que nous envoie le candidat. Il n’y a pas longtemps, je n’ai pas convoqué un candidat à un poste d’employé de bureau. Son CV correspondait parfaitement à ce que nous cherchions, mais les attestations fournies pour tous les stages effectués révélaient la même lacune : un fort taux d’absentéisme ! ».
Pour le candidat aussi, le système a ses atouts : quand on décroche un entretien, on sait que c’est sérieux.
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